Douglass North (1920-2015)

3 décembre 2015

Douglass North est décédé le 23 novembre 2015 à l’âge de 95 ans. Diplômé de l’Université de Californie (Berkeley), il était Professeur émérite à la Washington University de Saint Louis aux Etats-Unis. En 1993, l’attribution du Prix Nobel d’économie, conjointement avec Robert Fogel, pour avoir renouvelé la recherche en histoire économique par l’application de la théorie économique et des méthodes quantitatives aux changements économiques et institutionnels a indiscutablement consacré l’avènement de sa carrière. À la différence des nombreux auteurs d’inspiration néo-classique, qui considèrent les institutions sociales comme non pertinentes ou, au mieux, secondaires dans l’analyse des processus de développement, North a offert une alternative intéressante en avançant l’hypothèse que le cadre institutionnel et les organisations qui en découlent jouent un rôle essentiel dans l’explication de la performance économique des nations. Ce sont des schémas régularisés d’interaction qui sont mis en place pour faire face à une complexité que l’économie standard ne peut que rarement mettre en évidence. North souligne l’importance de la prise en compte des coûts de transaction dans l’analyse économique. Avec les coûts de transformation ils définissent, selon lui, les coûts de production de l’économie. C’est en 1960 que Coase démontre qu’en cas d’absence de coûts de transaction, l’allocation qui résulte du marché maximise le produit total indépendamment des droits de propriété. Mais dès que les coûts de transaction sont non nuls, ce n’est plus le cas. Ces coûts de transaction peuvent être liés aux coûts d’intermédiation, aux coûts liés à la mesure et à la sanction de ce qui est transféré au cours de l’échange, ainsi que les coûts nécessités pour s’assurer de la non défaillance du cocontractant dans la relation contractuelle. De ce point de vue, les coûts de transaction sont appelés à croître avec le développement de l’économie, puisque l’accroissement de la taille du marché engendre une augmentation du nombre des transactions. Si la théorie des jeux montre qu’il est relativement aisé d’assurer la coopération pour tirer tous les gains des échanges dans de petits groupes, cela devient beaucoup plus difficile dans les grands groupes. On peut y voir l’origine de l’émergence d’une tierce partie ¾l’Etat¾ pour faire respecter les contrats. L’Etat et les institutions en général apparaissent donc nécessaires pour réduire l’irréductible incertitude qui préside aux interactions humaines. Ils participent au processus de réduction des coûts de transaction en assurant aux relations contractuelles un cadre stable et prévisible. C’est là leur principale vertu. Etablies au début de la vie sociale, les institutions ne sont cependant pas nécessairement efficaces. Ce sont avant tout les rapports de force entre les individus et les groupes constitutifs de la société qui contribuent à leur définition. Jugées satisfaisantes, elles vont se cristalliser au cours du temps. Une fois créées, elles mettent en place un réseau d’incitations au sein duquel émergent des organisations, renforçant la structure institutionnelle ainsi conçue. Sous-jacent aux travaux de Douglass North se trouve ainsi l’idée que des institutions efficaces constituent une des clés du succès économique d’une nation !

Claude Diebolt

Directeur de Recherche au CNRS, enseignant à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion

 

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