D’étudiante à la FSEG Strasbourg à médaille de bronze du CNRS

23 mai 2016

Jeanne Hagenbach a obtenu la médaille de bronze du CNRS qui récompense un chercheur pour la qualité de ses travaux scientifiques. Jeanne est aujourd’hui une experte internationalement reconnue dans le domaine de la théorie des jeux. Elle a effectué ses études universitaires à la FSEG de Strasbourg, elle revient sur son parcours d’étudiante et les travaux qu’elle mène aujourd’hui.

 

 

Depuis 2010, je suis chargée de recherche au CNRS dans la section « Economie et Gestion » et affiliée au laboratoire d’économie de l’Ecole Polytechnique. Mes recherches portent sur la théorie des jeux et, plus largement, sur la théorie microéconomique.

 

C'est en Master 1 à la faculté de sciences économiques et de gestion de Strasbourg que j'ai découvert la théorie des jeux. Le caractère à la fois ludique et rigoureux de cette branche appliquée des mathématiques m'a tout de suite beaucoup plu. Je me souviens avoir fait mon mémoire de Master sur les applications des jeux répétés à l’économie industrielle. A l'époque, je n'avais aucune idée de la largesse des applications de la théorie des jeux et avais donc naturellement pensé à des questions assez classiques : Comment des firmes soutiennent-elles des accords de long terme ? Comment dissuader l'entrée de nouvelles firmes sur un marché ? 

 

Depuis, je me suis éloignée de ce genre de problématiques et j'essaye de comprendre comme les individus communiquent dans les jeux. En réalité, dès que les décisions d’un agent affectent le bien-être des autres, l’on peut parler de situation de jeu. La plupart des situations économiques et sociales sont donc des jeux. Dans des contextes très variés, je me demande : Qui transmet ses informations à qui ? Qui peut-on croire ? Que déduit-on quand on ne nous dit rien ? Cela dépend-il du langage commun disponible ? Transmettre des informations publiquement change-t-il quelque chose ? L’idée est que les agents divulguent souvent les informations qu’ils détiennent de manière stratégique, dans le but d’influencer les décisions des autres. Les vendeurs cherchent à convaincre les consommateurs que leurs produits sont fiables ; les hommes politiques souhaitent nous dissuader de voter pour leurs concurrents ; une firme peut avoir intérêt à faire croire qu’elle délaisse un marché etc. En utilisant les méthodes de la théorie des jeux, l’on peut montrer, par exemple, que l’alignement des intérêts des communicants permet une meilleure circulation des informations ou expliquer partiellement la structure des réseaux sociaux.

 

Récemment, je me suis intéressée au cas particulier où l’information transmise ne peut pas être falsifiée. Nous sommes tous confrontés  régulièrement à des situations où mentir coûte si cher que cela en est dissuasif : la loi empêche la publicité mensongère ; les informations listées sur les CVs peuvent être facilement vérifiées sur internet ; des preuves doivent être apportées au tribunal. Dans ce contexte, j’ai cherché à comprendre quelles propriétés du jeu permettent la révélation complète de l’information. Prenons l’exemple d’un décideur qui demande l’avis d’un expert avant de prendre une décision qui les affecte tous les deux. Dans un article récent (co-écrit avec Frédéric Koessler -diplômé lui aussi de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg- et Eduardo Perez-Richet), nous avons montré comment le décideur peut induire la révélation parfaite de l’information en réagissant de la manière la plus défavorable face à l’expert lorsque celui-ci est trop vague. Par exemple, lorsqu’un expert ne divulgue pas les données de certaines dimensions d’un problème, le décideur peut émettre des conjectures sur ces dimensions qui l’amènent à une décision désavantageuse pour l’expert. Ces conjectures, ou croyances sceptiques, peuvent pousser l’expert à être plus précis. Cet article fait désormais l’objet d’expériences en laboratoire qui, je l’espère, permettront d’avancer dans la compréhension de l’utilisation stratégique de la communication.